Pour sa première exposition à la galerie Philippe Chaume, Patrick Messina présente les photographies de ses premières séries, connues sous le nom de « Ma petite Amérique », et sa nouvelle série consacrée à la mer. Cette combinaison sera l'occasion, pour les uns, de découvrir son univers, pour les autres, de poursuivre le voyage dans sa création.
Patrick Messina travaille depuis ses débuts avec une chambre photographique dont la particularité réside dans la mobilité et l'indépendance du plan du film et de l'optique. Le soufflet central les reliant offre de nombreuses possibilités créatives et en particulier la technique de décentrement et de bascule. Celle-ci lui a permis d'imprimer sa marque dans le quotidien Libération et dans l'hebdomadaire Les Inrockuptibles dans les années 90 en produisant des portraits reconnaissables entre tous par leur traitement net au niveau des yeux et flou sur le reste de l'image.
Très vite, il applique ce procédé aux paysages qu'il photographie. Contrairement aux photographes d'architecture qui utilisent la chambre principalement pour rectifier la déformation de la perspective, Patrick Messina détourne son utilisation en cassant la vision à laquelle nous sommes habitués. Il réduit la profondeur de champ des vues devant lesquelles il se poste, créant des zones de flou inhabituelles et réduisant la partie nette. Par réflexe physiologique, l'oeil interprète ces paysages comme des maquettes. Les voitures et les piétons de New York, de Rio et de Toronto semblent tout droit sortis d'une boîte à jouets. Non sans humour, Patrick Messina a fait de ces métropoles des miniatures presque interchangeables : Pékin ressemble à Tokyo, Beyrouth à Los Angeles et Chicago à Hong Kong. Ici ou là, les villes sont les mêmes, mieux vaut en rire plutôt que de constater l'uniformisation de l'urbanisme.
En revanche, quand Patrick Messina photographie la mer, ses bateaux à voile ont moins l'air d'être téléguidés depuis le bord d'un bassin qu'absorbés dans une immensité fascinante. Autant ses paysages urbains inversent le rapport d'échelle, autant ses marines l'accentuent. Dans les deux situations, le regard perd ses repères. Ses images entraînent dans un infiniment petit ou plonge dans un infiniment grand. La réalité, d'ordinaire proche et nette, est modifiée au profit d'une vision éthérée ; son sens bascule dans l'émotionnel. Les images ne sont plus correctement traduites : égaré dans son ressenti, le regardeur n'arrive plus comprendre l'image, selon les mots de Sofia Coppola, il est Lost in translation.
Au sens étymologique, les photographies de Patrick Messina peuvent être dites sublimes : elles jouent avec les limites déroutant notre interprétation et déboutant notre rationalité. Qui des Majorettes, des Playmobils ou de la nature rend le plus compte de l'absurdité de la condition humaine ?
Patrick Messina est né en 1967 à Paris. Après avoir fait l'Ecole Louis Lumière, il effectue ses premières photographies pour Libération, Télérama et Les Inrockuptibles. Presse, publicité, communication d'entreprise, Patrick Messina a imposé dans les divers domaines de l'image sa propre sémantique. Tous les référents qui accompagnent notre quotidien sur-médiatisé sont comme passés à la loupe, magnifiés et mis en question tout à la fois. Ses récents travaux personnels, dans le domaine du paysage urbain, comme à New-York, Hong-Kong, Paris, ou sur des territoires ruraux comme l'Islande, les Coteaux du Langudoc ou encore le golfe du Morbihan imposent Patrick Messina comme un artiste qui excelle à témoigner d'une expérience intime des espaces et à en donner une lecture qui en renouvelle la connaissance.lire la suite16/12/2009 Agendeo
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